Frances Allen, Barbara Liskov et Shafi Goldwasser : ces femmes, héroïnes renommées des sciences informatiques
11 Mars 2021 BlogSociété

Frances Allen, Barbara Liskov et Shafi Goldwasser : ces femmes, héroïnes renommées des sciences informatiques

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À l’occasion de la Journée Internationale des Droits des Femmes, WebForce3 a souhaité retracer le parcours de trois femmes, héroïnes, historiques et qui ont créé des avancées scientifiques, notamment dans le domaine du numérique. Frances Allen, Barbara Liskov et Shafi Goldwasser ont toutes trois remporté le Prix Turing pour leurs travaux. Qui a dit que les femmes n’ont pas de role model et leur place dans le numérique ? Portraits.

 

Frances Allen – D’une vie à la ferme au Prix Turing

Frances Allen grandit dans une ferme dans l’État de New York. Son père est agriculteur, sa mère, maîtresse d’école.

Elle sort diplômée de l’université d’Albany avec un BA en mathématiques en 1954. Elle obtient un master en mathématiques de l’université du Michigan en 1957 et commence à enseigner. Profondément endettée par les prêts qu’elle a dû contracter pour payer ses études, elle est embauchée par IBM le 15 juillet 1957. Elle compte initialement y travailler jusqu’à ce que ses emprunts soient remboursés. Elle y reste jusqu’à sa retraite en 2002.

Au début des années 1980, elle fonde le groupe Parallel TRANslation (PTRAN) afin d’étudier les problèmes liés à la compilation en utilisant le code informatique plutôt que des instructions binaires pour les architectures parallèles. Le groupe est alors considéré comme l’un des plus importants dans ce domaine. Elle décrit des algorithmes et met en place des technologies qui sont à la base de la théorie de l’optimisation des programmes et qui sont largement utilisées dans les compilateurs actuels ainsi que dans les smartphones !

Elle travaille également pour la NSA sur un supercalculateur afin d’analyser leurs écoutes. Son influence sur IBM a été reconnue par l’obtention du titre d’IBM Fellow en 1989. Elle est alors la première femme à recevoir ce titre. Elle a aussi été présidente de l’IBM Academy of Technology, qui joue un rôle important au sein d’IBM en vue de cibler les problèmes techniques et de faire dialoguer les différentes branches de techniciens.

Depuis 2000, elle s’engage pour la promotion des femmes dans l’informatique.

Atteinte de la maladie d’Alzheimer, elle meurt le 4 août 2020.

Allen est intronisée dans le WITI Hall of Fame en 1997. Elle prend sa retraite d’IBM en 2002 et remporte la même année l’Augusta Ada Lovelace Award de la part de l’Association for Women in Computing.

Elle devient la première femme à remporter le prix Turing en 2007.

Il est donc possible de marquer la science de son empreinte, quel que soit son milieu social d’origine !

 

Barbara Liskov – Pionnière de la base de données

Barbara Liskov étudie à l’université de Californie à Berkeley où elle obtient en 1961 son diplôme de mathématiques Bachelor of Arts. Elle postule pour un doctorat en mathématiques auprès des universités de Berkeley et Princeton, bien que Princeton n’accepte pas les femmes à cette époque. Acceptée à Berkeley, elle change d’option et part donc travailler pendant une année chez MITRE à Boston où elle commence à faire de la programmation. Elle rejoint ensuite Harvard où elle exerce, toujours en tant que programmatrice, sur la traduction de langages. Elle décide ensuite de reprendre ses études. Acceptée à Stanford, elle travaille avec John McCarthy sur l’intelligence artificielle. En 1968, elle devient l’une des premières américaines à recevoir un doctorat d’informatique délivré par l’Université de Stanford. Son sujet de thèse de doctorat était la programmation des fins de partie au jeu d’échecs.

Barbara Liskov est une informaticienne américaine. Elle mène de nombreux projets importants :

  • La conception et l’implémentation du langage CLU, premier langage de programmation à supporter l’abstraction de données.
  • Argus, le premier langage de haut niveau à supporter l’implémentation de programmes distribués.
  • Thor, un système de base de données orienté objet.
  • Elle développe également, avec Jeannette Wing, une définition particulière du sous-typage, connue sous le nom de principe de substitution de Liskov.

Elle reçoit en 2004 la médaille John von Neumann pour « ses contributions fondamentales aux langages de programmation, à la méthodologie de la programmation et aux systèmes distribués », ainsi que le Prix Turing en 2008.

Femme, scientifique, informaticienne, créatrice de langages et de système de base de données et prêteuse de son nom à un principe de sous-typage… Qui ose dire après ça que les femmes ne sont pas capables de devenir des légendes… et des héroïnes ?

 

Shafi Goldwasser – La complexité facile

Shafi Goldwasser est une informaticienne américano-israélienne née le 14 novembre 1958 à New York. Elle est professeur au MIT et à l’Institut Weizmann. Elle reçoit le prix Grace Murray Hopper en 1996, le prix Gödel en 1993 et en 2001 et le prix Turing en 2012 pour ses travaux autour des preuves interactives en théorie de la complexité.

Shafi Goldwasser obtient son B.S. à l’université Carnegie-Mellon, puis son M.S. et son Ph.D. à l’université de Californie à Berkeley.

Elle enseigne depuis 1983 au MIT en tant que professeur d’Électronique et Informatique. Elle est également professeur de Mathématiques depuis 1993 à l’Institut Weizmann.

Ses travaux principaux portent sur la théorie de la complexité, la cryptographie et la théorie algorithmique des nombres. Elle a notamment été pionnière dans le domaine des preuves interactives et des preuves à divulgation nulle de connaissance.

C’est une femme qui s’intéresse aussi au test de propriété et à l’apprentissage PAC.

Elle a travaillé avec Silvio Micali, ce qui leur permet de remporter conjointement le prix Turing en 2012.

Des prix, des travaux complexes, des milliers d’informaticiens et mathématiciens formés au cours de sa vie de femme… Oseriez-vous encore douter de l’importance des femmes dans une société numérique ?